Stockage des produits chimiques au laboratoire : obligation de rétention et calcul du volume
Dernière mise à jour : il y a 1 jour

Que dit la réglementation sur la rétention au laboratoire ?
Mis à jour le 8 octobre 2026. Par DISTRILAB France.
Aucun texte n'impose un volume de rétention chiffré à tous les laboratoires. Le Code du travail (art. R. 4412-11 et R. 4412-17) exige un stockage sûr, sans fuite, incompatibles séparés. Si le laboratoire est une installation classée soumise à autorisation, l'arrêté du 4 octobre 2010 fixe le volume : pour des contenants de 250 litres au plus, 100 % de la capacité stockée tant qu'elle reste sous 800 litres.
Quels textes s'appliquent à un laboratoire ?
Deux régimes se superposent. Le Code du travail s'applique à tout laboratoire employant du personnel ; la réglementation des installations classées (ICPE) ne s'applique qu'au-delà de certaines quantités.
Le Code du travail, pour tous les laboratoires.
Article R. 4412-11 (en vigueur depuis le 1er mai 2008) : l'employeur réduit au strict nécessaire la quantité d'agents chimiques présents (6°) et met en place des procédures sûres pour leur manutention, leur stockage et leur transport, déchets compris (7°).
Article R. 4412-17 (même date) : mesures techniques et d'organisation contre les dangers physico-chimiques, notamment pour le stockage et la séparation des agents chimiques incompatibles, et contre les fuites et déversements des récipients.
Ces articles ne donnent aucun pourcentage : le volume de rétention découle de l'évaluation des risques. L'INRS (ED 6015, mise à jour mai 2019) recommande une rétention par catégorie de produits, une par étagère quand une catégorie en occupe plusieurs, et un local de stockage lui-même en rétention générale.
La réglementation ICPE, au-delà de certaines quantités. Un laboratoire devient une installation classée quand la quantité totale susceptible d'être présente atteint le seuil d'une rubrique de la nomenclature. Pour les liquides inflammables :
D'autres rubriques visent d'autres dangers, comme la toxicité ou les dangers pour l'environnement : le classement se vérifie rubrique par rubrique. Sous autorisation, l'arrêté du 4 octobre 2010 fixe la capacité de rétention (article 25, calcul détaillé plus bas). Sous déclaration ou enregistrement, ce sont l'arrêté de prescriptions générales de la rubrique et l'arrêté préfectoral du site qui font foi. En cas de doute, l'inspection des installations classées (DREAL) tranche.
Quels produits ne pas stocker sur la même rétention ?
Les produits incompatibles se séparent physiquement, sur des rétentions distinctes. L'INRS cite trois couples : acides et bases, oxydants et réducteurs, inflammables ou combustibles et comburants (ED 6015, p. 9).
Quatre règles accompagnent cette séparation, selon le même guide :
un bac de rétention par famille, sans empilement ni rayonnages superposés ;
une ventilation adaptée, car une fuite de produits volatils peut les mettre en contact en phase gazeuse ;
un matériel compatible : les acides attaquent la plupart des métaux, dont l'acier des rayonnages, en dégageant de l'hydrogène ;
la fiche de données de sécurité avant le pictogramme : la classification ne suffit pas à juger de la réactivité, que décrit sa section 10, « Stabilité et réactivité ».
Famille de produits | Stockage préconisé par l'INRS (ED 6015) |
Liquides et solides inflammables | Sur rétention, en tenant compte de l'analyse du risque ATEX |
Comburants liquides et solides | Sur rétention, à l'écart de tout produit combustible |
Peroxydes organiques | Sur rétention, à l'écart de toute substance combustible, température contrôlée |
Produits réagissant avec l'eau | Sur rétention, à l'abri de l'humidité, de préférence en armoire dédiée |
Produits autoréactifs | Sur rétention, sous leur température de combustion spontanée |
Produits mortels, cancérogènes, mutagènes, reprotoxiques | Sur rétention, en enceinte dédiée et signalée, ventilée vers l'extérieur s'ils sont volatils ou pulvérulents |
Acides et bases | Sur des rétentions distinctes, en évitant pour les acides les rayonnages en acier |
Un produit qui cumule dangers physico-chimiques et toxicologiques se range d'abord selon ses dangers physico-chimiques, précise le guide.
Comment calculer la capacité de rétention nécessaire ?
La règle de référence est l'article 25 de l'arrêté du 4 octobre 2010, dans sa version en vigueur depuis le 4 avril 2022, issue des arrêtés des 19 juillet 2011, 11 mai 2015 et 28 février 2022 (texte consolidé sur AIDA). Elle s'impose aux ICPE soumises à autorisation. Hors de ce régime, elle reste un référentiel prudent et défendable pour dimensionner une rétention.
Elle distingue deux cas.
Cas | Capacité de rétention minimale |
Cas général : cuves, conteneurs de plus de 250 litres | La plus grande des deux valeurs : 100 % du plus grand réservoir ou récipient associé, ou 50 % de la capacité totale des récipients associés |
Récipients mobiles de 250 litres au plus, liquides inflammables ou combustibles de point éclair entre 60 et 93 °C | 50 % de la capacité totale, avec un minimum de 800 litres, ou la capacité totale si elle est inférieure à 800 litres |
Récipients mobiles de 250 litres au plus, autres liquides | 20 % de la capacité totale, avec le même minimum |
Le taux de 50 % vise, dans le texte en vigueur depuis le 4 avril 2022, les « liquides inflammables ou de liquides combustibles de point éclair compris entre 60° C et 93° C » (article 25 sur Légifrance). Ces combustibles, qui ne sont pas des liquides inflammables au sens du règlement CLP (point éclair jusqu'à 60 °C), relèvent donc eux aussi des 50 %.
Pour les flacons, bidons et fûts d'un laboratoire, la formule se résume ainsi, avec V le volume de rétention, C la capacité totale des récipients associés et p égal à 0,5 ou 0,2 :
V ≥ la plus grande valeur entre p × C et min(800 L ; C)
La méthode, étape par étape :
Regrouper les récipients par rétention : une rétention reçoit les récipients qui peuvent s'y déverser, et des produits incompatibles n'en partagent jamais une.
Additionner la capacité nominale des récipients, pas leur contenu : le texte parle de capacité.
Classer le stockage : inflammable ou combustible de point éclair entre 60 et 93 °C (50 %), autre liquide (20 %).
Appliquer la formule, puis choisir un matériel d'un volume au moins égal.
Exemples calculés :
Stockage | Capacité totale | Calcul | Rétention minimale |
12 flacons de 2,5 L de solvants inflammables | 30 L | Sous 800 L : la totalité | 30 L |
8 bidons de 20 L de réactifs aqueux non inflammables | 160 L | Sous 800 L : la totalité | 160 L |
6 fûts de 200 L de solvant inflammable | 1 200 L | 50 % donne 600 L, sous le minimum de 800 L | 800 L |
12 fûts de 200 L de solvant inflammable | 2 400 L | 50 % | 1 200 L |
20 fûts de 200 L de liquide non inflammable | 4 000 L | 20 % donne 800 L | 800 L |
2 conteneurs de 1 000 L (cas général) | 2 000 L | 100 % du plus grand, 50 % du total : 1 000 L chacun | 1 000 L |
Ce que retient un laboratoire courant : tant que ses récipients d'une même rétention totalisent moins de 800 litres, la règle revient à retenir 100 % de leur capacité. La règle ne couvre pas les eaux d'extinction d'un incendie ; pour un local neuf ou réaménagé, l'INRS conseille une rétention déportée qui les récupère.
Bac ou palette de rétention : que choisir selon les contenants ?
Le matériel se choisit après le calcul : d'abord une rétention par famille de produits, puis un volume au moins égal au résultat, enfin un format adapté aux contenants.
Contenants | Matériel adapté | Point de vigilance |
Flacons, jusqu'à quelques litres | Bac de rétention d'étagère, de paillasse ou d'armoire | Un bac par famille et par étagère ; dans une armoire, de petits bacs séparent les classes (INRS) |
Bidons de 5 à 30 litres | Bac de rétention de sol | Volume calculé sur la capacité totale des bidons |
Fûts jusqu'à 250 litres | Palette de rétention | Sous autorisation ICPE, 800 litres au minimum dès que la capacité totale les atteint |
Conteneurs de plus de 250 litres | Palette ou bac pour conteneur | 100 % du plus grand conteneur au minimum |
Le matériau du bac doit résister aux produits qu'il reçoit : la fiche de données de sécurité et la documentation du fabricant du bac le disent, et l'INRS rappelle que les acides attaquent la plupart des métaux.
Une fois le volume calculé, comparez-le aux volumes de nos bacs de rétention pour flacons et bidons et de nos palettes de rétention pour fûts et conteneurs.
Questions fréquentes
Un laboratoire non classé ICPE doit-il mettre ses produits sur rétention ?
Le Code du travail ne chiffre aucun volume, mais il impose un stockage qui prévient les fuites et les déversements et sépare les incompatibles (art. R. 4412-11 et R. 4412-17). L'INRS recommande la rétention pour les inflammables, les comburants, les peroxydes, les produits réagissant avec l'eau et les produits CMR. Le volume se fixe dans l'évaluation des risques, et la règle ICPE en donne un repère.
Comment savoir si mon laboratoire relève des ICPE ?
En additionnant, rubrique par rubrique, la quantité maximale de produits susceptible d'être présente. Pour les liquides inflammables, la déclaration avec contrôle périodique (DC) commence à 1 tonne en catégorie 1 (rubrique 4330) et à 50 tonnes en catégories 2 et 3 (rubrique 4331). Un laboratoire installé sur un site déjà classé se renseigne auprès de l'exploitant ; en cas de doute, l'inspection des installations classées tranche.
Le volume se calcule-t-il sur le contenu ou sur la capacité des récipients ?
Sur la capacité : l'article 25 de l'arrêté du 4 octobre 2010 parle de la capacité des réservoirs et des récipients. Un flacon de 2,5 litres à moitié vide compte pour 2,5 litres.
Peut-on placer acides et bases dans un même grand bac ?
Non. L'INRS demande des bacs de rétention distincts pour les produits incompatibles, sans les superposer sur des rayonnages.
Pour équiper vos stockages : voir la gamme rétention DISTRILAB.
Sources et méthode
Cet article a été rédigé par DISTRILAB France à partir des textes ci-dessous, consultés le 8 octobre 2026. Chaque règle chiffrée renvoie à l'un d'eux.
Source | Ce qu'elle établit | Version |
Arrêté du 4 octobre 2010, article 25 (version consolidée AIDA) | Capacité de rétention des ICPE soumises à autorisation | Version en vigueur depuis le 4 avril 2022 (arrêtés des 19 juillet 2011, 11 mai 2015 et 28 février 2022) |
Mesures de prévention, dont le stockage des agents chimiques dangereux | En vigueur depuis le 1er mai 2008 | |
Dangers physico-chimiques, séparation des incompatibles | En vigueur depuis le 1er mai 2008 | |
Rétention par catégorie, incompatibilités | Mise à jour de mai 2019 | |
Seuils de classement des liquides inflammables | Consultées le 8 octobre 2026 |
Ce que l'article ne tranche pas :
le classement d'un laboratoire donné, qui dépend de toutes les rubriques et de toutes les quantités présentes : l'inspection des installations classées (DREAL) en décide ;
les règles de rétention propres aux régimes de déclaration et d'enregistrement, et celles de l'arrêté du 24 septembre 2020 sur les récipients mobiles de liquides inflammables soumis à autorisation, non analysées ici ;
le volume des rétentions d'eaux d'extinction, que l'article 25 ne couvre pas ;
le stockage des déchets chimiques et des gaz sous pression.




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